Où allaient en vacances les psychologues célèbres ?

Où allaient en vacances les psychologues célèbres ?

Les lieux et expériences vacancières qui ont inspiré les érudits de la psychologie

Certaines expériences modifient le parcours de vie des individus et influencent leur avenir, parfois d’une manière complète, bouleversante et constructive.

En effet, les personnages principaux de l’histoire de la psychologie ont pris certains chemins sur la base des expériences faites en adolescence ou quand ils étaient des jeunes adultes.

Même les lieux visités et les rencontres faites pendant les vacances ont inspirés ces érudits de la psychologie et ont eu des conséquences sur leur activité de recherche professionnelle.

Nous voulons vous amener dans les lieux qui ont stimulé ces savants et qui pourraient vous impressionner.

 

  1. Le Piaget naturaliste et les discours philo-psychologiques au bord du lac d’Annecy

La passion de Jean Piaget (biologiste et psychologue suisse) pour la nature s’était manifestée déjà de l’enfance. A l’âge de 11 ans, il étudiait au collège latin de Neuchâtel, où il était né. Pendant cette période il écrit un texte sur un moineau albinos qu’il avait aperçu pendant une promenade au parc. Cette expérience, et le court commentaire qu’en ressorti, sont considérés le départ de son parcours en tant que scientifique.

Pendant l’adolescence, la vocation de naturaliste chez Piaget se développe de manière plus spécifique grâce à son intérêt pour les mollusques lacustres et leur classification zoologique. L’occasion pour développer cet intérêt lui fuit donné par son parrain, Samuel Cornut. Il l’invita à passer ses vacances avec lui au lac d’Annecy.

Le lac d’Annecy est annoncé comme « le lac le plus pur d’Europe ». Ses eaux cristallines, entourées par les montagnes, attirent milliers de touristes, surtout pendant la belle saison.

A l’époque de la visite de Piaget l’atmosphère devait être beaucoup plus tranquille et bohème.

Il passait ses journées à se promener avec son parrain, à aller à la pêche, mais surtout il cherchait des mollusques et écrivit une Malacologie du lac d’Annecy.

La publication de cette étude le consacra comme malacologiste renommé et sera suivie par la publication de nombreux articles dans ce domaine, dont il s’intéressera toute sa vie.

Mais pendant les vacances à Annecy, il commença aussi à s’approcher de la philosophie et la pensée de l’individu. Même s’ils étaient concentrés à ramasser des mollusques, Samuel Cornut lui expliquait l’évolution créatrice de Bergson. Il en fut choqué, car Piaget avait participé seulement aux discours philosophiques de théologiens.

Après ces vacances et cette période en contact étroit avec Cornut, même si après sa maturité, il s’inscrit à la faculté des sciences de l’université de Neuchâtel, il publia deux livres philosophiques (La mission de l’idée et Recherche), qui influenceront l’évolution de sa pensée en partie en rupture avec les théories de l’évolution et la culture religieuse de sa famille.

 

  1. Carl Gustav Jung et ses vacances en ermite à Bollingen

Le village de Bollingen est situé sur la rive du bassin de l’Obersee (lac supérieur) du lac de Zurich. Près de ce village Jung a construit la Tour de Bollingen. Une structure similaire à un petit château avec quatre tours.

Jung a acheté le terrain en 1922 après le décès de sa mère. En 1923, il construisit une tour de deux étages sur ce terrain. C’était une structure de pierre propice à la vie, mais surtout, comme écrit dans son ouvrage « Ma vie », il pensait que les mots sur papier n’étaient pas assez réels; il voulait représenter sur un matériel plus solide, dans la pierre, « ses pensées les plus intimes et son propre savoir, faire en quelque sorte une profession de foi inscrite dans la pierre. » Ainsi naquît la tour construite à Bollingen.

 

Un deuxième plan a été ajouté en 1927 et un autre après la mort de l’épouse de Jung en 1955, ce qui signifiait pour lui “une extension de conscience acquise dans la vieillesse”.

Jung passa plusieurs mois chaque année à Bollingen. La tour n’était pas seulement une maison de vacances, mais « une sorte de demeure primitive » sans lumière électrique ou téléphone…

Dans ce lieu isolé, il faisait des travails manuels : casser du bois, bêcher, planter et récolter les produits de sa terre. Il s’était même passionné à la voile et aux sports nautiques.

Cette maison, cette terre, ce paysage ont contribué aussi au développement de son travail mental, ses réflexions. Il affirma en effet : « Sans ma terre, mon œuvre n’aurait pas pu voir le jour ».

Jung passa sa vieillesse à Bollingen, prenant du repos.

 

  1. Les vacances de Freud en Italie

Même dans la période la plus intense de son travail, Freud considérait que les mois de vacances étaient sacrés, au point de rejeter les demandes lucratives de séances de patients. Il a adoré la montagne, la randonnée et les voyages pour découvrir de nouveaux points de vue. Il pensait que le contact avec la nature, la joie du beau paysage était indispensable à la vie même de l’homme.

Le Trentin

Si l’Italie était le pays étranger dans lequel il voyageait le plus, le Trentin était la région italienne que Freud avait le plus exploré et où il resta plus longtemps pendant ses vacances.

Parmi tous les endroits qu’il a visités, Lavarone peut être considéré comme le lieu freudien par excellence, où il composa une de ses œuvres les plus importantes, la “Gradiva”.

La “première fois” de Freud en Trentin fut un bref séjour à la fin de l’été 1900, quand il avait publié « L’interprétation des rêves ».

Le choix du lieu n’est pas accidentel, mais suggéré quelques années plus tôt par un poète, ami de longue date de la famille.

Freud, frappé par la beauté des lieux, revient encore trois fois pour faire de Lavarone le siège de ses vacances: en 1906, en 1907, en 1923. Les vacances durent longtemps, quelques mois, et Lavarone est également l’endroit idéal pour vivre de nouvelles expériences uniques : le spectacle de faire un tour une montgolfière sur le lac, dîner avec l’archiduc Francesco Ferdinando à l’hôtel Du Lac.

Freud emmène sa famille se baigner tous les jours. C’est un excellent nageur. Il n’aime pas beaucoup la pêche, mais il aime la randonnée. La journée commence par une promenade de trois ou quatre heures dans les “splendides forêts” de Lavarone, généralement toute la famille participe à ces promenades.

Malgré ces distractions agréables, Freud ne néglige pas la lecture, l’étude et l’écriture. Ici à Lavarone, il reçoit ses étudiants et il compose la “Gradiva”, en marchant le long des sentiers qui bordent le lac ou en méditant seul dans le parc de l’hôtel, en plein air.

Rome

En 1901, Freud a passé son premier séjour à Rome. Pour Freud, Rome a trois faces: c’est une ville ancienne, c’est la ville du pape, c’est une nouvelle capitale effervescente.

Qu’il soit juif et qu’il aille dans le berceau du catholicisme lui semblait une offense pour le parent. De plus, la métropole méditerranéenne, chaleureuse et sensuelle, était trop tentante pour que le parent puisse envisager favorablement les vacances du fils.

En bref, “l’objet du désir” Rome prend différentes significations dans l’inconscient de Sigmund.

Un autre choc vient du Moïse de Michel-Ange à San Pietro in Vincoli. Le sentiment de force, de grandeur, une sculpture qui a eu un effet puissant sur lui.

 

Mais ne croyez pas que le neurologue en vacances à Rome a seulement réfléchit sur sa voix intérieure. Il s’est amusé comme n’importe quel touriste. Il est frappé par la vie le soir à Piazza Colonna, avec les rassemblements, les concertes, les enseignes lumineuses et le cinéma en plein air.

Parmi les rituels mondains, il y a des soirées de théâtre, il aime insérer sa main dans la « gueule de la vérité », jeter une pièce dans la fontaine de Trevi, gravir le Vittoriano. Rome a remboursé l’amour de Freud l’année dernière. Le “Jardin de Sigmund Freud” est né dans le quartier de Parioli.

 

  1. L’ouverture mentale de Carl Rogers et son voyage en Chine

Le psychologue américain Carl Rogers, fondateur de la “thérapie centrée sur le client”, est né et a grandi dans la banlieue d’Oak Park à Chicago, dans l’Illinois. Il était le quatrième des six enfants de Walter Rogers et Julia Cushing. Il s’agissait d’une famille protestante soumise à une stricte observance religieuse.

Rogers a donc été éduqué dans un environnement rigoureux où toutes les activités de jeu étaient interdites et où il s’était entièrement consacré au dur travail.

En 1914, Rogers et sa famille quittèrent la ville pour s’installer dans une ferme où, avec ses cinq frères, il commença à se consacrer à l’agriculture et à l’élevage.

De là, un intérêt particulier pour l’agriculture (et plus tard pour les sciences), au point qu’il pensait étudier initialement agronomie à l’Université de Wisconsin-Madison, un domaine qu’il avait par la suite abandonné pour se consacrer à l’étude théologique et de la religion.

En 1922, il entreprit un voyage en Chine avec un groupe de jeunes appartenant à la Fédération mondiale des étudiants chrétiens, une expérience qui, paradoxalement, conduisit Carl Rogers à poser des questions sur la religion, minant ainsi ses convictions concernant les principes chrétiens.

 

Après ce voyage en Chine, il a commencé à réfléchir à la différence entre la culture occidentale et orientale, ce qui l’a amené à reconsidérer son parcours en tant que théologien et il est retourné en Amérique pour entreprendre des études psychopédagogiques.

Ce tour devait durer six mois et il a constitué un tournant dans le développement spirituel et intellectuel de Rogers.

Il a tenu un journal intime et a écrit de nombreuses lettres tout au long du voyage, destinées à sa famille ou à Helen Elliot, une fille qu’il connaissait depuis son enfance.

La situation n’aurait guère pu être plus propice au développement de l’autonomie personnelle du jeune homme, car il y avait non seulement le stimulus des voyages à l’étranger et l’expérience d’une culture totalement différente, mais aussi la compagnie constante d’un groupe international de jeunes très intelligents et créatifs.

Rogers a été obligé d’élargir ses pensées dans presque toutes les directions. De manière plus significative, il en vint à reconnaître qu’il était possible pour des personnes sincères et honnêtes d’avoir des croyances et des perceptions religieuses très différentes.

Il a compris que c’était pour lui le contexte idéal pour se libérer de la pensée religieuse de ses parents et pour accéder à l’indépendance spirituelle, intellectuelle et émotionnelle.

Tout au long de sa vie, il a été soutenu par sa nouvelle relation avec Christ et par le fait qu’il devenait intime avec Helen. Cette nouvelle relation spirituelle était communiquée dans les lettres que Rogers adressait à sa famille. Ces lettres ont, inévitablement, profondément bouleversés et même scandalisés ses parents à cause de la dangereuse et perverse nouvelle vision théologique de leur fils.

Comme il l’a admis plus tard, c’est par ce processus qu’il a rompu avec des liens intellectuels et religieux qui auraient pu se révéler extrêmement puissants. Il est possible de voir dans ce fascinant voyage en extrême orient, l’élément qui a influencé une grande partie de la vie et du travail de Roger.