Handicap et études supérieurs : où nous en sommes ?

Handicap et études supérieurs :  où nous en sommes ?

Selon le ministère de l’éducation à la rentrée 2016, sur la totalité des étudiants français, 23300 étaient en situation de handicap, dont le 91% était inscrit à l’université. Le taux d’augmentation est d’environ 13% chaque année.

D’après ces chiffres, l’handicap n’est plus un obstacle insurmontable aux études supérieurs. Surtout grâce aux améliorations obtenues avec la LOI n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi oblige les établissements à organiser des aménagements afin de rendre leurs infrastructures et leur didactique accessibles aux étudiants en situation de handicap.

Néanmoins, le parcours d’études des étudiants handicapés reste difficile et, en certains cas, le personnel administratif et didactique des établissements d’enseignement ne font pas les efforts nécessaires.

 

  1. L’aide financière pour étudiant handicapé

Les étudiants handicapés, de moins de 21 ans et qui ne font plus parti du noyau familial de leurs parents, ont droit à la Prestation de Compensation du Handicap (Pch). Une aide aux handicapés mensuelle et personnalisée, qui est calculée sur la base des nécessités spécifiques par  les Maisons départementales du handicap (Mdph).

En plus, l’état finance :

  • 7,5 millions d’euros par an destinés au financement d’aides individuelles (transcription en braille, assistance pédagogique…) et aux dispositifs structurels (logiciels spécifiques, mise en accessibilité des locaux des bibliothèques…).
  • 20 millions d’euros de crédits aux universités et aux CROUS pour rendre les locaux accessibles aux personnes handicapées.

 

  1. La procédure d’inscription à l’école

Les procédures pour candidater dans une école ou université ne diffèrent pas, exception faite pour les dossiers spécifiques à la situation d’handicap et aux besoins de l’étudiant.

Après avoir été acceptés dans l’établissement, les étudiants doivent prendre rapidement contact avec le service handicap (ou le référent) afin que celui-ci puisse préparer leur rentrée dans les meilleures conditions.

 

  1. Ecole inclusive : des aménagements pour concilier études supérieures et handicap

La loi oblige les établissements à se doter des structures techniques et des ressources humaines nécessaires pour accueillir les étudiants handicapés.

L’établissement devra se doter de rampes pour personnes à mobilité réduite, de logiciels et ordinateurs spécifiques, de magnétophones pour la prise de notes etc.

La méthodologie didactique proposée pendant une formation à distance est, à ce jour, la plus adaptée aux besoins des étudiants avec handicap.

Une de nos étudiantes en situation de mobilité réduite explique les avantages des études à distance.

La possibilité «(…) de pouvoir suivre à mon propre rythme en conséquence d’une absence totale de fatigue; l’absence de la charge des cahiers / classeurs étant donné que les cours sont en PDF, (…) il y a aussi ces leçons en vidéo (…); l’absence de l’obligation à côtoyer les transports en commun; l’absence du stress lié à l’environnement et l’entourage inconnus d’un l’établissement bondé où la circulation n’est pas toujours facile en fauteuil (…)»

Des aménagements particuliers sont possibles pour passer les examens aussi, comme l’utilisation de matériel technique différent de celui des autres étudiants et la possibilité de bénéficier d’épreuves adaptées.

Notre étudiante ajoute à ce propos : « le stylo me fatigue très vite, on m’accorde alors l’utilisation d’un ordinateur et d’un 1/3 de temps, dont je m’en suis pas encore servie. Le temps donné au départ est largement suffisant. »

Toutes ces adaptations doivent être demandées aux référents en début d’année.

 

  1. Accessibilité handicapé : des infrastructures et une pédagogie inadaptées

La loi de février 2005 a surement fait augmenter le taux d’accessibilité aux études supérieurs mais les associations pour l’insertion scolaire des personnes handicapées dénoncent quand même un manque d’adaptation réelle. En effet, le personnel didactique n’est pas formé et les infrastructures, les cours, ne sont pas adaptés.

 « Mon dernier parcours scolaire en présence remonte à la seconde et ça a été un réel désastre. Au collège, j’avais déjà du mal à me mélanger avec les autres élèves mais au contraire mes professeurs étaient très compréhensifs malgré mes nombreuses absences causées par la fatigue dûe à ma santé ou mes rendez-vous médicaux. Ils me laissaient photocopier les leçons que j’avais pu rater afin que je rattrape mon retard, ma moyenne assez élevée reflétait ma sériosité et en bref, j’étais une bonne élève. »

Mais l’expérience au Lycée, vécue par notre étudiante, a fait preuve du manque d’adaptation dénoncé par les associations.

« Au lycée, ca a été tout le contraire. Mes profs me rappelaient sans arrêt que je n’avais pas les capacités pour ma seconde générale, ils me reprochaient mes absences, j’avais pas le droit aux photocopies des leçons ratées. Mes notes avaient chutées au point de me faire diriger vers une voie professionnelle, à côté on me rappelait également qu’aucune voie professionnelle ne pourrait me convenir en situation d’handicap. Mes collège et lycée étaient tous deux adaptés cependant pour une première professionnelle, la liste était déjà relativement courte par rapport aux filières convenants à ma situation et en zoomant sur les établissements accessible en fauteuil, le nombre s’est élevé à 0. »

Par conséquent, le parcours de notre étudiante s’est en suite dirigé vers une formation à distance avec un institut qui fournissait des cours scolaire en ligne. Mais des limites peuvent être rencontrées même si on démarre une formation à distance.

L’école avait «  (…) un niveau élevé, j’ai donc eu un BAC STMG sans grand difficulté, mais certaines matières manquaient d’explications (…) »  .

Depuis le début, le staff de notre établissement a  considéré le manque de rapport direct avec les professeurs pendant les études à distance, un enjeu fondamental à résoudre. Pour cette raison un support didactique et organisationnel est fourni à tous nos étudiants. « (…) j’ai pu remarquer au fil du temps qu’on assimilait parfaitement les connaissances demandées pour les examens, mais ma conseillère et ma tutrice sont présentes et super aimables. »

 

  1. Les associations des handicapés en France

Avant l’inscription, il est préférable contacter des étudiants en situation de handicap qui suivent déjà leurs études dans les établissements visés. Certaines associations peuvent aussi aider étudiants pendant leur parcours.

Il existe différents types d’associations, celles qui représentent les personnes handicapées ou leur famille et les associations gestionnaires d’établissements.

La fédération Apajh (Fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés) qui agit en faveur de l’intégration scolaire, sociale et professionnelle et gère des établissements pour jeunes et adultes handicapés.

La FSEF (Fondation santé des étudiants de France) gère des établissements spécialisés dans le ʺsoins-étudesʺ. Pour ne pas perdre le contact avec l’école, les établissements de la FSEF proposent, dès le collège, une « alliance thérapeutique » entre les services médicaux et pédagogiques.

L’association Starting-Block, à travers la campagne Handivalides, contribue à sensibiliser le monde de l’enseignement supérieur aux enjeux de l’inclusion des personnes handicapées.

La Fédéeh (Fédération étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap) a développé différentes actions comme le programme PHARES, soutien basé sur un tutorat étudiant dès la classe de 3e ou la pairémulation, un réseau social de conseil et d’entraide pour favoriser l’autonomie.

L’association Arpejeh (Accompagner la réalisation des projets d’études de jeunes élèves et étudiants handicapés) aide les jeunes (collégiens, lycéens et étudiants) à découvrir le monde de l’entreprise. Grâce à des ateliers-découverte, des visites en entreprise et des stages, ils peuvent construire un projet d’orientation. Elle accompagne également lycéens et étudiants vers l’emploi.

On peut citer également l’association Tremplin handicap  qui accompagne lycéens et étudiants dans leurs études et les prépare à l’insertion professionnelle.

D’autres associations facilitent la recherche d’emploi. Hanploi a créé un site (www.hanploi.com) dédié au recrutement des personnes en situation de handicap. Elle a également mis en place le programme ʺHanploi & schoolʺ qui propose des conférences de sensibilisation au handicap et des ateliers d’accompagnement des étudiants handicapés, déclarés ou non, vers l’emploi.

 

Interview faite par : Marta Salvatori